Je m’appelle Hans Haustenberg et
j’ai vingt-deux ans. Comme la plupart des Allemands, je suis blond, avec de
magnifiques yeux bleus me donnant un charme fou, et je ressemble à mon père,
ayant la même chevelure frisée et le même visage carré. Je suis devenu poète de
la langue française même si je suis allemand. J’ai nourri cette passion de mon
enfance à aujourd’hui, et surtout pendant la guerre. Laissez-moi vous raconter
mon histoire.
Tout commença en 1933, au matin
du 2 octobre, jour de mon anniversaire. Ravi, je déballai mon premier cadeau:
c’était une vieille boussole de mon grand-père, qui lui avait servait de repère
durant la guerre. Vers midi, ma famille et moi nous préparâmes à nous attabler,
lorsque soudain on cogna vigoureusement à la porte. Mon père alla ouvrir, et un
homme vêtu d’un uniforme brun nous salua avec un geste bref de la main. Je
remarquai une étrange croix imprimée sur son épaule gauche. Je ne pus
comprendre tout ce qu’il disait, car il parlait vite. Mon père revint avec un
papier à la main et me dit : « Mon fils, tu devras combattre en
t’enrôlant dans l’armée. Hitler sera fier de toi! » Je crus bien que mon
père allait sauter de joie, vu son immense sourire. Ma mère trouva la situation
moins joyeuse, et la peur m’envahit soudain, car je devinai la nature de ma
mission : tuer des innocents, en particulier les « étoiles
jaunes ». C’était insensé. Je dus partir dès le lendemain.
Je préférai alors me plonger
dans ma composition poétique, ne pouvant concevoir toute cette misère seulement
pour nourrir la gloire d’Hitler. Chaque fois que je le pouvais, j’allais écrire
dans ma tente malgré les coups de feu qu’on entendait de partout. Mon rêve le
plus cher, en ces moments-là, était de m’enrichir non de pouvoir mais grâce à
mon amour de la langue française, et reconstruire l’Allemagne en rétablissant
la paix et la prospérité. Lors de mon entraînement, personne n’osait parler, et
je dus d’abord apprivoiser le maniement des armes qu’il me faudrait utiliser
lors des attaques.
Peu à peu, l’Allemagne se
transforma en véritable cauchemar. Je voyais les Juifs se diriger vers les
trains : leur vie ne serait jamais plus la même, et guère jubilatoire. La
famine envahit le pays d’un seul coup. Les familles mouraient de faim, et
celles qui survécurent durent manger des rhizomes. Pourtant, un seul homme semblait
heureux : Hitler rayonnait et nous encourageait à continuer en faisant
d’interminables palabres qui nous faisaient plutôt rager. Vers l’âge de seize
ans, je dus redoubler d’efforts et faire le vide en composant chaque jour et
chaque soir. Vers 1943, l’Allemagne se calma. Je pus bientôt rentrer chez moi,
empruntant la passerelle de mon enfance, qui était encore debout malgré les
dommages causés par les bombardements. Avant de quitter l’armée pour de bon, en
1945, mon général me félicita d’avoir tenu le coup et me remercia d’avoir
partagé mes poèmes, mais ajouta néanmoins qu’Hitler n’avait pas eu tort de
faire la guerre, ce qui, de sa part, manquait autant de tact que de sincérité.
Comme je vous l’ai dit, la
guerre cessa en 1945, mais elle laissait d’horribles cicatrices. Je publiai
tous mes poèmes et devins très riche grâce à mes compositions. Je fis alors
construire plusieurs écoles, et au fil du temps, une nouvelle Allemagne naquit,
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