par Benoit Brosseau
L'exode
Je suis là, immobile, à la jonction d’une coulée de lave indolore, à observer avec stupéfaction la scène féerique qui se déroule sous mon regard ébahi. Sur mon banc, le spectacle semble se dérouler dans une temporalité accélérée…ou ralentie…je ne sais plus. Je ne pense plus, l’essentiel de ma conscience se diffuse, se focalise, se résume en CE TRUC, le genre de truc qui, en utilisant avec perfection le verbe être, s’approprie l’existence de toute autre pensée ou chose et devient la chose suprême, pure et tyrannique. C’est cinématographique. Les cendres volcaniques tourbillonnent et volettent sous leurs formes lumineuses. La tempête se présente bleutée, d’un bleu magnifique, du plus beau bleu connu. Les minuscules entités vivent à une telle allure qu’elles laissent derrière elles une traînée phosphorescente diluée, mais bien réelle. Les oiseaux mauves du souvenir sont là, à me narguer, ils savent que je ne peux pas les atteindre, les rires croassés sont telles des chiures provocatrices qui transpercent en son entier mon corps usé. Aïe, ça fait mal ces longs trucs en fusion. À gauche, en diagonale, il y a des plates-formes jaune néon, une dizaine, par-dessus chacune d’entre elles, des roches me regardent, étrangement immobiles.
![]()
Par leur unité, elles forment une sorte d’arc en promontoire, semblable à un procès de juges imposants. Ma chaise si sèche craque, à son côté, un ver de terre en pèlerinage, en bien long voyage, me dit d’un ton familier : «Vous nous irritiez un peu, c’est seulement ça…» Il repart. Je lui crie : «Mais de quoi parlez-vous bon sang?» Mes dents s’emboîtent pour signifier que j’ai fini de parler, que déjà le poli insecte se fait engouffrer par deux montagnes. Alors c’était le tour de ces satanés danseurs de l’incompréhension de débarquer, avec leurs costumes turquoise tirant sur le vert fond de piscine. Ils étaient là, à faire des mimiques compliquées, tous synchronisées, les mains dans les airs. Quand j’essayai d’imiter leurs pas de danse pour percer le mystère, je n’y arrivai pas, ils étaient trop INCOMPRÉHENSIBLES… Tandis que cette bande de clowns cinglés s’exerçait à me déstabiliser, grands yeux ouverts, je fis mon chemin vers l’horizon lointain, soleil couchant et atmosphère mystique. Marche, marche, marche des pieds. Cligne, cligne, cligne des yeux. Cela faisait 14.5 secondes que je marchais, la coloration de mes cheveux s’était blanchie d’un centième de millième de milliardième de pigmentation de gris de vieillesse. Et tout à coup, ceux que je croyais bernés m’apparurent devant le si beau soleil orange au cerne bleu, ils étaient bien loin, mais peu importe, ils étaient gigantesques. L’une des dix roches posées sur une plate-forme jaune prit la parole, comme elle en avait l’habitude, en s’illuminant à chaque tonalité prononcée. Roche : Tu croyais nous échapper Dieudonné? Moi-même : C’est que… Une autre roche : Tut tut tut ! Dieudonné, tu croyais vraiment t’échapper ainsi dans la vie, avec en plus la ligue des sages à tes trousses ? La 3e roche : Bon sang, pour être le créateur, mon vieux Dieudonné, t’es pas trop futé, t’aurais pu aller dans le néant, dans l’irréel, je sais pas, mais pas dans ce calvaire, dans ces souffrances…. Encore moi : Arrêtez de m’appeler Dieudonné à la fin ! La 9e roche : Tu préfères l’interprétation locale des humains, dans ce cas?Dieu?! Moi : Ça non plus, je déteste ça! Appelez-moi comme il me revient : le Créateur.C’est moi qui ai tout créé, y compris vos mères, mais moi, je n’ai pas de mère, je ne suis même jamais né, donc je n’ai jamais été baptisé d’un prénom. Le seul honorable titre qui me revienne est : le Créateur !
Et tu me dois allégeance, sale progéniture ingrate!
Soumettez-vous à votre père!
Le procès minéral en son entier : Tais-toi Papa ! Nous te ramenons au tribunal avec toute ta progéniture, comme tu l’appelles. Le désert était torride, les cactus étaient solitaires, toutes les formes de vie et de mort étaient maintenant liguées contre moi, face à moi. Restait plus que le sable qui était avec moi, sous moi, à mes pieds… Je pris mes jambes à mon cou et me mis à courir, les sages roches étaient à mes trousses. Le désertique décor défilait autour de moi. Heureusement, ces vieux cailloux étaient d’une lenteur incomparable, même totale. Ils étaient tellement sages qu’ils ne trouvaient pas l’utilité de dépenser de l’énergie à poursuivre un ennemi. Même si celui-ci était l’auteur de leurs pires souffrances… Mais ce qui devait arriver arriva, le sol se fit corrompre par la ligue des pleurnichards gâtés, pourris; ils lui avaient promis de changer l’évolution et de doter d’ailes tous les animaux, de sorte que plus personne ne lui marcherait dessus dorénavant. Le sol s’affaissa, disparut. Les roches, elles, à cause du handicap de leur lenteur, se firent maintenant choyer.De leur pesanteur, elles me rattrapèrent bien vite en vol et m’écrasèrent contre le bord de l’univers. Je suis foutu…
Le jugement
Le procès, oui le procès, il se déroula où tout avait commencé, sur l’île d’Éden, là où le bras de Dieu avait surgi de l’espace et guidé ce puceau d’Adam et cette pucelle d’Ève dans les bras l’un de l’autre, sans cet acte déplacé, tout cela ne se serait jamais produit, typique je sais, mais on ne défait pas les formules qui marchent, me dit l’avocat de la couronne, un grand guépard élancé. Le juge suprême prit place devant moi, c’était un énorme séquoia géant de plus de 90 mètres, il avait l’air sérieux et très sévère. Tap tap tap, il cogna de son manche, son feuillage se secoua. Juge Séquoia : M. le Créateur, permettez-moi d’éviter toutes ces balivernes du type : objection refusée ou encore l’audience est levée. Je ne suis pas juge de profession, mais c’est seulement que je suis le plus vieux représentant vivant du lieu où on vous a capturé, Terre, comme disent vos adeptes locaux. Et du fait, la ligue m’a conféré le devoir de vous juger, étant donné ma sagesse ancestrale. Procureur Barracuda : Vous êtes accusé de création Monsieur, sûrement la pire insulte à la paix qu’une entité consciente puisse faire. Et vous en subirez le procès! Moi, Dieu : Mais enfin, est-ce que vous êtes tous devenus dingues ? Avocat Guépard : Oui Père, tu as exactement visé dans le mille. Procureur Barracuda : Nous sommes lassés des maladies, nous sommes lassés des tourments psychologiques, on en a marre d’avoir faim, on en a marre de se battre, on a en marre de se faire rejeter par les femelles et les mâles dominants. Ouais, tu l’as dit le poisson, j’étais si bien dans ma non-existence, dit une rose, je n’étais même pas, je n’avais pas, je ne faisais pas, je ne pensais pas, je ne pouvais pas, je n’étais rien quoi, j’avais la paix, je planais infiniment dans le chemin crémeux et réconfortant du désordre et de l’ordre. C’était le bon temps… Une pépite d’or décocha une larme. Une grenouille fit de même. Moi, le Créateur : Vous plaisantez, oui bon, il a ses mauvais côtés mais pensez aux bons aussi ! Le goût sucré des pommes, l’extase charnelle, le bonheur de gagner à la loterie, pour les humains bien sûr… En parlant d’humains, une petite pierre propulsée par une fronde alla se cogner en plein entre les deux yeux du père de tous. C’étaient Adam et Ève, les millénaires, qui débarquaient. Adam : Guillotinez-moi ce malotru que j’aille me baigner dans la voie lactée sans remords, j’en ai marre de vivre, plus que vous tous réunis ici, cela fait maintenant 655 milliards d’années !

L'apocalypse (le lever du rideau)
Pop, la couverture du livre de contes du psychologue se referma. Julien: J’ai compris maintenant madame, je ne vais pas me suicider parce que la vie que mon père m’a donnée est un véritable cadeau venu du ciel. C’était totalement immature de ma part de me plaindre à chaque bobo…
Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com
- Signaler un contenu illicite
- Voir d'autres sites dans la catégorie École / Collège / Lycée / Université
Videos Droles
- Clips musique
- Cours création de site web